Ford Thunderbird 1964-66 : quel panache!
En passant à 4 places en 1958, la Thunderbird avait pris toute la compétition de court. Mais quand vint le temps de renouveler son modèle de luxe pour 1964, Ford faisait enfin face à de la concurrence. Comment la marque à l’ovale bleu allait-elle réagir?
Le petit cabriolet deux places lancé en 1955 avait connu une transformation majeure en 1958 afin d’accroître son attrait auprès d’un plus large public. Les consommateurs répondirent favorablement et la production augmenta de 77,2% entre 1957 et 1958. Un premier dessin envisagé pour la troisième génération de T-Bird deviendra la Lincoln Continental 1961 et ce sont finalement les travaux de Bill Boyer, inspirés par le concept X-100, qui seront retenus. Chaque génération porte un petit surnom et celle de 1961 s’appellera logiquement « Bullet Bird » (voir photo ci-dessous). Malgré un tassement des ventes en 1963, elle connaîtra un plus grand succès que la génération précédente (voir tableau récapitulatif en fin de texte).
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Plus ça change…
Lorsqu’en 1960 Ford commence à planifier sa quatrième génération de Thunderbird, la marque envisage d’abord d’étirer la vie de la Bullet Bird d’un an. Mais finalement, la direction choisira de maintenir son cycle de renouvèlement de 3 ans et de présenter une nouvelle Thunderbird. Mais il y a un mais : l’auto ne sera pas entièrement nouvelle et conservera le châssis des modèles 1961-63. Il faut dire que Ford prépare une toute nouvelle génération de la gamme pleine grandeur pour 1965 qui demande capitaux, temps et ingénieurs.
Qui dit plateforme existante, dit possibilités limitées. Pourtant, L. David Ash, le designer crédité pour les lignes finales, parviendra à donner une personnalité différente à la Flair Bird. Ash aura une carrière prolifique chez Ford puisqu’il travaillera sur les Ford Skyliner 1954 à toit transparent, la Mustang et réalisera les lignes de la Lincoln Continental Mark III. Pour la Thunderbird, il remonte les phares mais conserve cependant l’aspect en pointe, uniquement au niveau de la grille. Les pare-chocs ne sont plus intégrés comme sur le modèle précédent, ni les poignées de porte dans la ceinture de chrome (elles sont placées sous le décroché de la ceinture de caisse). Les flancs sont plus sculptés avec une seconde ligne de caractère qui s’étire au-dessus du passage de roue arrière. C’est à l’arrière que les changements sont les plus profonds. Les feux ronds laissent leur place à des unités rectangulaires intégrées dans le pare-chocs, qui monte jusqu’au coffre.

L’intérieur est signé Art Querfeld. Il est marqué par la large console centrale en L qui s’étire visuellement jusqu’au côté gauche. Ceci permet d’intégrer élégamment le volant « Swing Away » (système qui décale le volant de 25 centimètres vers la droite afin de faciliter l’entrée et la sortie) optionnel en 1961 et offert en série à partir de 1962.

Les trois grands cadrans ronds de la génération précédente laissent la place à un compteur de vitesse rectiligne surmontant 4 petites boules chromées qui servent à indiquer le niveau d’essence, la température moteur, la pression d’huile et le niveau de charge. L’espace intérieur est optimisé pour une meilleure habitabilité. Les places arrière s’étendent sur les flancs.

Côté technique, on ne note pas d’évolutions significatives par rapport à 1963. L’empattement augmente de 5 millimètres (2 875 mm) et la longueur de 10 millimètres (5 217 mm). La suspension avant est indépendante avec des ressorts hélicoïdaux et une barre antiroulis tandis que l’on retrouve un essieu rigide à l’arrière supporté par des ressorts à lames. Les freins sont à tambour aux 4 coins mais l’installation de roues de 15 pouces a permis d’agrandir la surface de friction.
Le V8 390 pouces cubes (6,4 litres) est de retour mais dans une seule version (une variante de performance était disponible en 1963). Doté d’un carburateur 4 corps et fonctionnant à l’essence super, il développe 300 chevaux à 4 600 tr/min et 427 lb-pi à 2 800 tr/min. Sachant qu’il ne peut être accouplé qu’à une transmission automatique à 3 rapports Cruise-O-Matic et qu’il doit déplacer un poids à vide allant de 2 012 à 2082 kilos, il ne faut pas s’attendre à des miracles en matière de consommation (les 20 L/100 km seront une réalité quasi quotidienne).
Le confort avant tout
Les Thunderbird de quatrième génération sont présentées en même temps que le reste de la gamme Ford, le 27 septembre 1963. Et c’est cette gamme dans son ensemble qui reçoit le titre de « Voiture de l’année 1964 » de la part du magazine Motor Trend.

La T-Bird est offerte en trois modèles : le cabriolet, le coupé hardtop et le coupé Landau qui se distingue par son toit en vinyle décoré d’une barre chromée en S rappelant les vieux cabriolets et un intérieur en noyer simulé. L’équipement de base comprend la direction et les freins assistés, la radio AM à transistor, le chauffage, l’horloge électrique, les lumières de courtoisie et la boîte à gant éclairée. Parmi les équipements optionnels on retrouve les vitres et sièges électriques, la climatisation, la radio AM/FM avec ou sans haut-parleurs arrière, le régulateur de vitesse, les vitres teintées et la sellerie en cuir.
Devant le faible nombre de modèles diffusés, la variante Sports Roadster de 1962/63 n’a pas été reconduite. Par contre, il est toujours possible de commander en option un tonneau cover en fibre de verre. Celui-ci a été dessiné par Art Querfeld et John Najjar. Si vous le combiniez avec les roues à rayon (en 14 pouces), vous étiez aussi proche d’un Sports Roadster 1964 qu’il soit envisageable. Mais il semble que l’option n’ait pas du tout été populaire et que seulement 45 à 50 personnes l’aient achetée. Des tonneau covers seront encore disponibles dans les concessions en 1965 et 1966, jusqu’à épuisement des stocks.

Les prix sont 4 486 USD/6 256 CAD pour le coupé hardtop, 4 589 USD/6 411 CAD pour le coupé Landau et 4 853 USD/6 928 CAD pour le cabriolet. La presse spécialisée accueille la Thunderbird 1964 pour ce qu’elle est : une boulevardière luxueuse et confortable. De toute façon, la suspension ultra souple vous le rappellera à chaque virage pris avec un peu trop d’enthousiasme. Malgré l’arrivée de la Buick Riviera au millésime 1963 et une nette parenté avec la génération précédente, la Flair Bird semble bien porter son nom (Flair veut dire panache en français) et emporte l’adhésion du public avec une production qui progresse de 46% par rapport à 1963.
Venez voler avec moi…
Pour 1965, les modifications esthétiques sont subtiles mais intéressantes. La grille avant est redessinée et une pseudo sortie d’air chromée est placée derrière les roues avant. La véritable innovation se trouve à l’arrière avec l’installation de clignotants séquentiels où trois lumières s’allument les unes après les autres. Une vraie nouveauté à l’époque. Ces feux seront également montés dans la Shelby Mustang 1968. Afin de célébrer les 10 ans de la Thunderbird, Ford commercialisera une « Limited Edition Special Landau » à 4 500 exemplaires. Celle-ci se distingue par sa couleur orange brulé (Embro-Glo), ses enjoliveurs de roues coordonnés, son toit en vinyle blanc cassé, ses inserts en faux bois, des badges et une plaque sur la planche de bord avec le nom du propriétaire (voir photo ci-dessous).

Le seul changement technique important est l’installation en série de disques de freins à l’avant… ce qui n’est pas du luxe vu le poids de l’engin. Puisqu’elles n’existent qu’en 14 pouces, les roues à rayons ne sont plus compatibles avec ce nouveau système et sont donc retirées de la liste des options. La baisse de 21,1% de la production peut en partie s’expliquer par la concurrence qui commence à s’organiser. Et ce n’est rien par rapport à ce qui s’en vient…
La grille avant du modèle 1966 retient un motif rectangulaire et intègre le logo Thunderbird (qui était auparavant placé en avant du capot) et les pare-chocs sont d’allure plus conventionnelle. La bosse sur le capot est plus petite. Les feux arrière sont redessinés (ils restent séquentiels) et sont intégrés dans un bandeau qui fait toute la largeur de l’auto. Deux nouveaux modèles, Town et Town Landau, sont ajoutés à la gamme. Ils se distinguent par le style unique de leur toit plus formel et qui délaisse la vitre arrière latérale. Ce qui est bon pour l'esthétique l’est nettement moins pour la visibilité. Comme sur le coupé « normal », la variante Landau bénéficie du toit en vinyle et de la barre chromée en S.

Ces modèles, qui collent bien à la vocation de la voiture, vont s’avérer très populaires (voir tableau de production ci-dessous). Ils viennent de série avec un nouveau « Panneau de sécurité » installé au plafonnier (Overhead Safety Panel). Disponible en option sur les autres modèles, il comprend des lumières d’alarme pour les portes ouvertes, le niveau de carburant bas, les ceintures de sécurité non attachées et le bouton des feux de détresse. Un gadget qui ajoute une touche aéronautique (voir photo ci-dessous). Les boutons du régulateur de vitesse sont intégrés au volant.

Il y a des nouveautés sous le capot pour le millésime 1966. Le 390 pc voit sa puissance passer à 315 chevaux (le couple est inchangé) et il y a un plus gros V8 en option. D’une cylindrée de 428 pc (7 litres), il développe 345 chevaux à 4 600 tr/min et 428 lb-pi à 2 800 tr/min. La Thunderbird restera en tête de son segment pour 1966 mais le restylage de la Buick Riviera et le lancement de l’Oldsmobile Toronado traction avant vont lui voler des ventes. La production est en baisse de 5,3%.
1964 |
1965 |
1966 |
Total |
|
Coupé |
60 552 |
40 652 |
13 389 |
114 593 |
Coupé Landau |
22 715 |
20 974 |
43 689 |
|
Coupé Landau Special |
4 500 |
4 500 |
||
Coupé Town |
15 633 |
15 633 |
||
Coupé Town Landau |
35 015 |
35 015 |
||
Cabriolet |
9 198 |
6 846 |
5 049 |
21 093 |
Total |
92 465 |
72 972 |
69 086 |
234 523 |
Malgré l’apparition de cette concurrence, la quatrième génération est alors celle qui obtient les meilleures ventes de l’histoire du modèle, même si le cabriolet se fait de plus en plus discret.
Cabriolets |
Coupés |
Total |
|
1ère génération (Classic Bird) 1955-57 |
53 166 |
53 166 |
|
2ième génération (Square Bird) 1958-60 |
24 255 |
173 936 |
198 191 |
3ième génération (Bullet Bird) 1961-63 |
25 341 |
189 034 |
214 375 |
4ième génération (Flair bird) 1964-66 |
21 093 |
213 430 |
234 523 |
Total |
123 855 |
576 400 |
700 255 |
Mais Ford est consciente qu’il va falloir faire quelque chose. La Flair Bird est la dernière des Thunderbird « classiques », c’est-à-dire 2 portes seulement, cabriolet disponible et cycle de renouvèlement aux 3 ans. La marque va réserver de nombreuses surprises à ses clients pour 1967 : nouveau style, modèle 4 portes et disparition de la découvrable. Mais ceci est une autre histoire…